WhatsApp chez les militants? coup de gueule !

whatsapp privacy

Dans de nombreux collectifs militants et syndicaux, l’usage d’outils comme WhatsApp, Facebook ou Instagram est devenu banal.
Parfois par facilité.
Parfois par contrainte.
Parfois « parce que tout le monde est dessus ». Pourtant, ces outils ne sont ni neutres, ni anodins.

Tu utilises Whatsapp , tu mets potentiellement tes proches en danger !

Suite à un énième échange avec l’un de mes amis sur la nécessité de sortir de messageries comme WhatsApp dans les milieux militants, la discussion a tourné en rond.
Pourtant sensible aux enjeux anticapitalistes, à la surveillance et aux dérives du numérique, il a fini par me répondre ce que j’entends trop souvent : oui, il faudrait… mais ce n’est pas possible.
Parce que « tout le monde est sur WhatsApp », parce qu’installer une application de plus, « c’est relou ».

Les arguments classiques que tout militant libriste a déjà entendus des dizaines, voire des centaines de fois.Et loin de moi l’idée de stigmatiser les personnes « lambda » qui raisonnent ainsi, et qui cherchent avant tout une application simple, pratique, qui fonctionne sans prise de tête.

Pour des personnes non engagées, on peut l’entendre , et c’est à nous, libristes, de prendre le temps d’expliquer, de sensibiliser, et d’accompagner progressivement vers des outils plus respectueux de leur vie privée.

Mais ici, la situation est différente.
On parle d’un militant engagé, conscient des enjeux, sensible aux questions de surveillance, de capitalisme et de domination numérique.J’aurais peut-être pu accepter ces arguments s’il s’était agi de pratiques sans conséquence pour les autres.
Mais là, on parle de quelqu’un impliqué dans des collectifs en lien avec des personnes précaires , déjà exposées, déjà vulnérables.

Déçu, et sans doute en réagissant à chaud, j’ai fini par poster ce coup de gueule sur mon réseau social préféré : Mastodon.

benzogaga33 :verified:

👉 Utiliser , c’est aussi exposer les autres.

Les données que tu donnes ne concernent pas que toi
Quand tu utilises WhatsApp, tu donnes :

-le numéro de tes proches,
-leurs photos,
-leurs relations,
-leur identité numérique.

Même si toi tu t’en fous de tes données, elleux ne s’en foutent peut-être pas.
Et vu le contexte politique va falloir vraiment sen préoccuper!!!

28 November 2025, 16 h 15 min 79 boosts 53 favoris

Pour lire le post en entier c’est ici

👉 Ce que WhatsApp fait sans que tu t’en rendes compte

Ce problème-là, on n’y pense presque jamais.
Non pas parce qu’il est anodin, mais parce qu’il est largement méconnu.

Dès son installation, WhatsApp aspire le carnet de contacts de ton téléphone.

Tous les numéros.
Sans distinction.
Sans que les personnes concernées n’aient été informées, encore moins qu’elles aient donné leur consentement.

En utilisant WhatsApp, tu n’exposes donc pas seulement tes propres données.
Tu exposes aussi celles de personnes qui n’ont rien demandé.

Leurs numéros se retrouvent sur des serveurs appartenant à Meta : Facebook, Instagram, et consorts

Et c’est précisément là que le problème devient majeur, en particulier dans des milieux militants :
on met en risque des proches, des camarades, parfois des personnes vulnérables, sans leur consentement, et qui parfois n’ont même pas WhatsApp d’installé !

Ce point est rarement discuté.
Il est pourtant central.

WhatsApp comme norme militante

Dans beaucoup de milieux militants, WhatsApp est devenu l’outil par défaut pour créer des groupes.
Certains collectifs en ont même fait un moyen de contact officiel au même titre qu’une adresse mail classique de contact. Lorsque que je me suis aperçu de ça au sein même de groupes que je cotoie , ça m’a mis en PLS.

Et les mêmes arguments reviennent inlassablement :

« Oui mais tout le monde est dessus. »
« Oui mais c’est pratique. » – c’est vrai , c’est la grande force des gafam , des produits faciles à utiliser.
Pourtant, il existe des alternatives libres et éthiques tout aussi pratiques (voir solutions plus loin)
« Oui mais on n’a rien à cacher. » – ok donne moi ton téléphone et laisse-moi regarder toutes tes photos , tes messages, ton historique de navigation etc???

Ces arguments ne tiennent pas longtemps quand on s’intéresse à qui appartiennent ces outils numériques du quotidien. Qui les possède? Qui les conçoit ? Quel est leur modèle écoomique?
Autant de questions qu’il convient de se poser et qui permettent d’y voir plus clair et de ne plus se déresponsabiliser sur le choix de les utiliser !

Ce que signifie réellement utiliser WhatsApp

Utiliser WhatsApp, c’est accepter que certaines données non chiffrées soient collectées et accessibles à Meta, notamment :

  • modèle du téléphone
  • système d’exploitation et langue
  • identifiant unique de l’appareil
  • ton numero de téléphone
  • adresse IP (donc localisation approximative)

Données d’activité

  • heures de connexion
  • fréquence d’utilisation
  • durée des sessions
  • dernière connexion
  • statut « en ligne »

Données sociales (très sensibles)

  • qui tu contactes
  • à quelle fréquence
  • groupes auxquels tu participes
  • carnet d’adresses

Même sans lire les messages, on peut cartographier ton réseau social, toutes tes relations.

Données de localisation (indirectes)

  • pays
  • ville approximative
  • déplacements déduits via IP et horaires

A quoi servent tes données ?

Ce que Meta peut en déduire

  • tes habitudes de vie
  • ton rythme de travail / repos
  • ton cercle social proche
  • tes centres d’intérêt probables
  • tes liens avec des personnes ou groupes

En résumé , WhatsApp sait qui parle avec qui, quand, combien de temps, à quelle fréquence,
depuis quel appareil et quelle zone géographique .

Ces données servent avant tout à l’analyse de tes comportements et donc à ton profilage pour un meilleur ciblage publicitaire. Trop bien non ? Avoir la dernière pub qui correspond à tes envies …

META…Cagoule !

De plus, la loi américaine obligeant les entreprises comme Meta à communiquer ces informations en cas
de procédure judiciaire. C’est l’exemple de l’affaire Facebook qui a fourni à la police les échanges privés d’une adolescente américaine accusée d’avortement illégal, des internautes appellent à quitter le réseau social.
Le fait que ces données puissent être transmises aux forces de police et utilisées comme éléments de preuve, y compris dans des affaires reposant sur des échanges privés est un problème. Et c’est pas parce qu’on n’est pas aux Etats-Unis qu’il faut se sentir protégé hein ? On voit en ce moment que les choses peuvent évoluer très vite niveau contexte politique , et pas toujours dans le sens qu’on voudrait.
Rajoutons au fait que d’autres acteurs ne se privent pas pour utiliser des failles et surveiller vos activités sur WhatsApp. Si ça vous intéresse, j’en parle dans mon dernier article de blog : whatsApp, peut-on être surveillé sans le savoir?

Le diable s’habille en META

Mais utiliser une messagerie WhatsApp appartenant à Meta, c’est aussi:

  • être dépendant d’une multinationale qui :
    • pratique la censure, (lien)
    • exploite des travailleurs précaires, exposés à des contenus violents (lien)
    • viole la vie privée de ses utilisateurs et utilisatrices ;
  • alimenter le business d’un dirigeant tenant régulièrement des propos sexistes et misogynes, en totale contradiction avec des valeurs d’émancipation et d’égalité ;
  • l’acceptation tacite d’un modèle devenu le symbole du capitalisme de surveillance, qui concentre des pouvoirs sans précédent, intrusif et tout-puissant.

Difficile si on croit en des valeurs progressistes de continuer à utiliser cette messagerie non?
Même si on a tous nos petits paradoxes, en tant que militant on n’a pas d’excuse car il existe des messageries libres et éthiques qui font la même chose et en mieux !

Ok quelles sont les alternatives ?

Aucune solution n’est parfaite.
Mais certaines sont clairement moins pires et respectent mieux leurs utilisateurs/trices notamment niveau vie privée et sécurité.

  • Signal
    Reste la messagerie chiffrée la plus proche de WhatsApp et qui monte en popularité :
    – facile à installer, fonctionnalités similaires, code libre et auditable.
    – C’est une fondation à but non lucratif, financée par les dons qui gère le développement de l’appli.
    Certes américaine, mais qui a prouvé qu’elle pouvait dire non aux États et notamment à leurs projets de loi pour installer des backdoors sur les messageries

    Si on fait la balance facilité d’utilisation et les garanties en matière de sécurité et vie privée, c’est celle qui a ma préférence pour le moment.
  • D’autres solutions existent : Matrix, XMPP, SimpleX, Session…
    Elles s’adressent souvent à un public plus averti, car le niveau de protection de la vie privée dépend de nombreux paramètres (hébergement, configuration, usages).
  • Si vraiment tu n’as pas le choix et que WhatsApp t’est imposé, typiquement pour un groupe de parents d’élèves, de sport ou une association, alors l’objectif n’est plus d’être cohérent, mais de limiter les dégâts. Dans ce cas, tu peux utiliser Shelter et installer WhatsApp uniquement dans le profil professionnel de ton téléphone (voir billet dédié).
    Les contacts de ton profil personnel resteront isolés : WhatsApp n’aura accès qu’aux contacts du profil pro, et pas à l’ensemble de ton carnet d’adresses.

Convaincre son entourage : retour d’expérience

Une méthode a fonctionné pour moi aussi bien pour mes proches que dans mon cercle militant (hors milieu libriste)
Ne plus, ou très lentement, répondre sur WhatsApp.
Expliquer que « je réponds plus facilement et plus rapidement sur Signal. »

Sans grands discours.
Sans injonctions.

Résultat : une bonne partie de mes proches a migré.
Et les autres? ils ne me méritaient pas 😛

Un vrai enjeu pour les milieux militants

Nos outils de communication exposent :

  • nos réseaux,
  • nos stratégies,
  • nos modes d’organisation
  • parfois des situations personnelles particulièrement sensibles.

Les considérer comme un simple détail technique, c’est sous-estimer les enjeux qu’ils portent.

C’est vrai, les collectifs n’ont pas tous le même niveau d’information ou les mêmes priorités sur ces questions, et c’est normal.
L’idée n’est pas de juger, mais de prendre le temps d’en parler ensemble.

D’une manière générale les outils des GAFAM s’inscrivent dans un modèle économique, politique et idéologique qui pose de graves problèmes de vie privée, de sécurité collective et de cohérence militante.
Le choix des outils de communication mérite donc d’être questionné collectivement, et, quand c’est possible, d’agir pour limiter l’exposition de la vie numérique d’autrui et renforcer notre protection commune. Et dans le cas de WhatsApp les solutions existent !

Liens intéressants :
Pourquoi quitter WhatsApp? – blog @Jeey
« De la dissonnance cognitive d’utiliser des outils de techbros fachos quand on est militant·e féministe » @blog Khrys


Autres articles en lien :

10 commentaires sur WhatsApp chez les militants? coup de gueule !

  1. @benzo @bohwaz « Le diable s’habille en META » ❤️

  2. Bonjour,
    Article très intéressant. je profites de votre large audience, pour éclaircir quelques points sur votre choix de Signal.

    Signal n’est pas aussi sûre que vous le laissez entendre dans la mesure ou il dépend de Google pour les services de notification et de localisation!!!!!
    Voir ici : https://github.com/mollyim/mollyim-android (voir tableau)

    Le service Signal est intéressant mais pour être indépendant des GAFAM, il faut utiliser :
    – l’application Molly FOSS (non disponible pour IOS mais bon, c’est le problème de ceux qui choisissent une prison dorée 🙂 )
    – une application UnifiedPush (https://unifiedpush.org/) comme Sunup et un serveur UnifiePush (auto-hébergeable ou par exemple celui de Mozilla)
    C’est à ce prix que Signal devient pleinement intéressant.
    Cordialement
    Yoko

    • Salut Yoko,

      Dans l’article je précise bien signal = solution la moins pire,pas parfaite, qu’il s’agit aujourd’hui d’un compromis relativement acceptable entre praticité, sécurité et vie privée pour la pluaprt des personnes.
      Dans la pratique, expliquer d’emblée à quelqu’un qu’il faudrait utiliser le client Molly,le service de notif UnifiedPush, configurer son tel etc est souvent rédhibitoire, même si ce sont évidemment des aspects pertinents à prendre en compte, mais plutot pour l’étape d’après.
      D’après mon expérience, si l’objectif est de faire évoluer les usages, une approche progressive est généralement plus efficace, d’autant si les personnes sont non libristes.
      Et de toute façon pour être clair : du fait de son architecture centralisée, Signal a des limites et nest pas une solution idéale en matière de vie privée

  3. @benzo : typo : « écoomique ».
    Bel article !

  4. Whatsapp est le poison lent qui s’est insinué dans nos vies en devenant un monopole.
    Là, ils ajoutent de la publicité. Puis, ils ont inséré leur IA pour mieux nous espionner.

    Au final, sortir de Whatsapp nous fait passer pour des complotistes ou paranoïaques au sein de la société alors que c’est un geste salutaire !

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