
Dans de nombreux collectifs militants et syndicaux, l’usage d’outils comme WhatsApp, Facebook ou Instagram est devenu banal.
Parfois par facilité.
Parfois par contrainte.
Parfois « parce que tout le monde est dessus ». Pourtant, ces outils ne sont ni neutres, ni anodins.
Tu utilises Whatsapp , tu mets tes proches en danger !
Suite à un énième échange avec l’un de mes amis sur la nécessité de ne plus utiliser des outils de messagerie tels que whatsapp, dans les milieux militants. La personne est sensible aux problématiques anticapitalistes, de surveillance…mais elle finit par me dire que oui, il faudrait certainement mais que ça n’est pas possible car « tout le monde est sur WhatsApp, et qu’installer une application alternative de plus c’est relou blablabla… ». Les arguments classiques que vous avez sans doute déjà entendus des milliards de fois. Je pourrai comprendre ces arguments s’il s’agissait de personnes dont les activités n’exposent pas les autres mais là, mon pote milite dans des collectifs en contact avec des personnes précaires. Déçu et sans doute réagissant à chaud , j’ai posté mon coup de gueule sur mon réseau social préféré : Mastodon.
Pour lire le post en entier c’est ici
Donc pourquoi cette attitude m’énerve ?
👉 Ce que WhatsApp fait sans que tu t’en rendes compte
Ce problème-là, on n’y pense presque jamais.
Non pas parce qu’il est anodin, mais parce qu’il est largement méconnu.
Dès son installation, WhatsApp aspire le carnet de contacts de ton téléphone.
Tous les numéros.
Sans distinction.
Sans que les personnes concernées n’aient été informées, encore moins qu’elles aient donné leur consentement.
En utilisant WhatsApp, tu n’exposes donc pas seulement tes propres données.
Tu exposes aussi celles de personnes qui n’ont rien demandé.
Leurs numéros se retrouvent sur des serveurs appartenant à Meta — Facebook, Instagram, et l’ensemble de leur écosystème.
Et c’est précisément là que le problème devient majeur, en particulier dans des milieux militants :
on met en risque des proches, des camarades, parfois des personnes vulnérables, sans leur consentement.
Ce point est rarement discuté.
Il est pourtant central.
WhatsApp comme norme militante
Dans beaucoup de milieux militants, WhatsApp est devenu l’outil par défaut pour créer des groupes.
Certains collectifs en ont même fait un moyen de contact officiel au même titre qu’une adresse mail calssique de contact. Lorsque que je me suis aperçu de ça au sein même de groupes que je cotoie , ça m’a mis en PLS.
Et les mêmes arguments reviennent inlassablement :
« Oui mais tout le monde est dessus. » –
« Oui mais c’est pratique. » – c’est vrai , c’est la grande force des gafam , des produits faciles à utiliser.
Pourtant il existe des alternatives libres et éthiques tout aussi pratiques
« Oui mais on n’a rien à cacher. » – ok donne mon téléphone et laisse-moi regarder toutes tes photos , tes messages, ton historique de navigation etc???
Ces arguments ne tiennent pas longtemps quand on s’intéresse à qui appartiennent ces outils numériques du quotidien. Qui les possède? Qui les conçoit ? Quel est leur modèle écoomique?
autant de questions qu’il convient de se poser et qui permettent d’y voir plus clair et de ne plus se déresponsabiliser sur leurs choix !
Ce que signifie réellement utiliser WhatsApp
Utiliser WhatsApp, c’est accepter que certaines données non chiffrées soient collectées et accessibles à Meta, notamment :
- numéro de téléphone
- modèle du téléphone
- système d’exploitation et langue
- identifiant unique de l’appareil
- adresse IP (donc localisation approximative)
Données d’activité
- heures de connexion
- fréquence d’utilisation
- durée des sessions
- dernière connexion
- statut « en ligne »
Données sociales (très sensibles)
- qui tu contactes
- à quelle fréquence
- groupes auxquels tu participes
- carnet d’adresses
Même sans lire les messages, on peut cartographier ton réseau social.
Données de localisation (indirectes)
- pays
- ville approximative
- déplacements déduits via IP et horaires
A quoi servent tes données ?
Ce que Meta peut en déduire
- tes habitudes de vie
- ton rythme de travail / repos
- ton cercle social proche
- tes centres d’intérêt probables
- tes liens avec des personnes ou groupes
En résumé , WhatsApp sait qui parle avec qui, quand, combien de temps, à quelle fréquence,
depuis quel appareil et quelle zone géographique .
Ces données servent avant tout à l’analyse de tes comportements et donc à ton profilage pour un meilleur ciblage publicitaire. Trop bien non ? Avoir la dernière pub qui correspond à tes envies …
META…Cagoule !
De plus, la loi américaine obligeant les entreprises comme Meta à communiquer ces informations en cas
de procédure judiciaire. C’est l’exemple de l’affaire Facebook qui a fourni à la police les échanges privés d’une adolescente américaine accusée d’avortement illégal, des internautes appellent à quitter le réseau social.
Le fait que ces données puissent être transmises aux forces de police et utilisées comme éléments de preuve, y compris dans des affaires reposant sur des échanges privés est un problème. Et c’est pas parce qu’on n’est pas aux Etats-Unis qu’il faut se sentir protégé hein ? On voit en ce moment que les choses peuvent évoluer très vite niveau contexte politique , et pas toujours dans le sens qu’on voudrait.
Rajoutons au fait que d’autres acteurs ne se privent pas pour utiliser des failles et surveiller vos activités sur WhatsApp. Si ça vous intéresse, j’en parle dans mon dernier article de blog : whatsApp, peut-on être surveillé sans le savoir?
Le diable s’habille en META
Mais utiliser une messagerie WhatsApp appartenant à Meta, c’est aussi:
- être dépendant d’une multinationale qui :
- alimenter le business d’un dirigeant tenant régulièrement des propos sexistes et misogynes, en totale contradiction avec des valeurs d’émancipation et d’égalité ;
- l’acceptation tacite d’un modèle devenu le symbole du capitalisme de surveillance, qui concentre des pouvoirs sans précédent, intrusif et tout-puissant.
Difficile si on croit en des valeurs progressistes de continuer à utiliser cette messagerie non?
Même si on a tous nos petits paradoxes, en tant que militant on n’a pas d’excuse car il existe des messageries libres et éthiques qui font la même chose et en mieux !
Ok quelles sont les alternatives ?
Aucune solution n’est parfaite.
Mais certaines sont clairement moins pires et respectent mieux leurs utilisateurs/trices notamment niveau vie privée et sécurité.
- Signal
Reste la messagerie chiffrée la plus proche de WhatsApp et qui monte en popularité :
– facile à installer, fonctionnalités similaires, code libre et auditable.
– C’est une fondation à but non lucratif, financée par les dons qui gère le développement de l’appli.
Certes américaine, mais qui a prouvé qu’elle pouvait dire non aux États et notamment à leurs projets de loi pour installer des backdoors sur les messageries
Si on fait la balance facilité d’utilisation et les garanties en matiere de sécurité et vie privée, c’est celle qui a ma préférence - D’autres solutions existent : Matrix, SimpleX, Session…
Elles s’adressent souvent à un public plus averti, car le niveau de protection de la vie privée dépend de nombreux paramètres (hébergement, configuration, usages).
Convaincre son entourage : retour d’expérience
Une méthode a fonctionné pour moi aussi bien pour mes proches que dans mon cercle militant (hors milieu libriste)
Ne plus, ou très lentement, répondre sur WhatsApp.
Expliquer que « je réponds plus facilement et plus rapidement sur Signal. »
Sans grands discours.
Sans injonctions.
Résultat : une bonne partie de mes proches a migré.
Et les autres? ils ne me méritaient pas 😛
Un vrai enjeu pour les milieux militants
Nos outils de communication exposent :
- nos réseaux,
- nos stratégies,
- nos modes d’organisation
- parfois des situations personnelles particulièrement sensibles.
Les considérer comme un simple détail technique, c’est sous-estimer les enjeux qu’ils portent.
C’est vrai, les collectifs n’ont pas tous le même niveau d’information ou les mêmes priorités sur ces questions, et c’est normal.
L’idée n’est pas de juger, mais de prendre le temps d’en parler ensemble.
D’une manière générale les outils des GAFAM s’inscrivent dans un modèle économique, politique et idéologique qui pose de graves problèmes de vie privée, de sécurité collective et de cohérence militante.
Le choix des outils de communication mérite donc d’être questionné collectivement, et, quand c’est possible, d’agir pour limiter l’exposition de la vie numérique d’autrui et renforcer notre protection commune. Et dans le cas de WhatsApp les solutions existent!
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